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Ile Maurice : Une singulière aventure du fameux "Post-office" par Marcel Roche (N°493, novembre 2001)
Tous les philatélistes connaissent de réputation sinon de vue, les fameux « Post-office » de l’île Maurice : considérés comme les plus rares du monde après le 2 cents de Guyane et le 3 shillings de Suède, imprimé en jaune par erreur et dont on ne connaît qu’un seul exemplaire.
Il en existe deux types : le one penny vermillon et le two pences bleu, qui cotent chacun plusieurs millions d’euros, mais qui, dit-on, .se vendraient encore plus cher s’ils sortaient de collections pour Être mis sur le marché Il n’en resterait en effet, qu’une douzaine de chacun, oblitérés, et deux seulement, neufs.
La rareté de ces timbres a une origine curieuse. Il en fut tiré - en 1847 - une quantité assez importante, mais une vingtaine de vignettes seulement furent d’abord mises en service. Communiquées comme échantillon au directeur de l’île, elles furent acceptées et utilisées par lui (sauf 2 de chaque sorte) et toute la cargaison, timbres imprimés et clichés fabriqués en Angleterre, fut expédiée à Maurice par voie maritime. Le navire fit naufrage et tout le stock fut perdu.
On procéda aussitôt à la fabrication d’une nouvelle paire, au même type, mais avec une importante Modification : Au lieu de la légende « post-office » (bureau de poste), considérée comme erronée, les nouveaux timbres portaient « post-paid » (port payé), légende beaucoup plus régulière. Ces timbres de 1848. quoique rares aussi, ont beaucoup moins d’intérêt : il en existe quelques milliers d’exemplaires.
On n’en parlait plus lorsqu’une information venue de Moscou il y a quelques années, en a rappelé l’existence. Un ingénieur philatéliste de Bakou venait de trouver un « Post-Office ». S’agissait-il d’un des douze bleus ou rouges ou d’un timbre supplémentaire ? La dépêche ne le précisait pas. En revanche, elle donnait les circonstances de la découverte, lesquelles n’étaient pas moins curieuses que celles de ses origines.
Ce timbre se trouvait collé sur un fragment de papier, sous un timbre commun, un peu plus grand que lui et il avait été récupéré en 1943, avec quelques autres vignettes postales, dans le portefeuille d’un officier allemand capturé par des partisans ukrainiens.
Le chef du groupe n’avait obéï, en saisissant les timbres, qu’à un motif patriotique. Il soupçonnait la petite collection d’avoir une signification particulière selon quelque code secret, et il se promettait de l’étudier à loisir. Pris par des affaires urgentes, il oublia les timbres et ne s’en soucia que la paix revenue... pour en faire cadeau à son ami ingénieur à Bakou et collectionneur. Celui-ci les mis dans une boite et les décolla par la suite. Nous imaginons volontiers son bonheur lorsqu’il trouva la pièce rare dissimulée sous la pièce commune !
II reste à savoir comment l’officier allemand était entré en possession de ce timbre. Vol ? Pillage ? Nous avons connu le cas de riches Israélites qui, avant de tomber dans les griffes des nazis, avaient emporté les plus belles pièces de leur collection de timbres soigneusement enveloppées dans du papier paraffiné ou cachées dans la doublure de leur vêtement, pour les négocier à l’occasion. Le timbre est en effet, la valeur la plus élevée pour le moindre volume et il peut être comme les bijoux, un moyen de se tirer d’embarras d’argent, dans des circonstances exceptionnelles, comme celles qu’ont connues les déportés. Peut-être s’agissait-il d’un cas de cette sorte…
Marcel Roche
Cet article a été lu 1147 fois, et mis en ligne le 6 décembre 2006.
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