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Timbres caduques & rendez-vous manqués, par Med Achour Ali Ahmed (AIJP) (N°521, avril 2008)
Pour les administrations postales qui choisissent de procéder à l’émission d’un ou de plusieurs timbres afin de célébrer une manifestation quelconque bien avant son lancement, il est évident qu’elles courent le risque de voir le sujet de leur émission rendu caduque par l’annulation pour une raison ou une autre de la manifestation en question. C’est ce qui vient d’arriver récemment à la Poste algérienne qui à fait sortir le même jour soit le 18 mai 2007 deux émissions dédiées à deux événements sportifs majeurs devant se dérouler à Alger :
La première intitulée « 9ème Jeux Africains d’Alger » se présente sous forme d’un timbre arborant le logo de cette manifestation reconnue officiellement par le Comité International Olympique (CIO) en tant que jeux régionaux pour le continent africain. Ces jeux se sont bien tenus du 11 au 23 juillet 2007. Ils ont réunis près de 8000 athlètes et accompagnateurs, des centaines de médias et des centaines de milliers de spectateurs en cumulés. Le timbre est sauvé !
La 2ème émission fut consacrée à la 2ème édition des Jeux afro-asiatiques qui devaient prendre le relais des Jeux africains du 28 juillet au 6 août. Le hic est que ces joutes intercontinentales dont la 1ère édition s’est déroulée à Haydarabad (Inde) en 2003, ont été tout simplement annulées au motif que le nombre des pays asiatiques ayant confirmé leur participation fut jugé insuffisant par le comité organisateur. Du coup, le timbre émis par Algérie Poste pour immortaliser cet événement, l’aura été pour rien !.
Pourquoi tout cet empressement ? Il aurait été plus sage pour Algérie Poste d’avoir attendu l’ouverture officielle de ces Jeux pour sortir le timbre en question. Un timbre pour RIEN ! La philatélie algérienne ne mérite pas ça.
Mais, me diriez-vous, quel est le tort d’Algérie Poste ? Aucun, bien sûr, mais avec moins de précipitation et un peu plus de discernement, le catalogue Algérie ne se serait pas encombré de cette émission inutile.
Consolons-nous, La chronique philatélique mondiale regorge de dizaines d’exemples de ce genre.
Le timbre émis en 2001 par la Côte d’Ivoire pour annoncer la 23ème édition du Congrès de l’Union Postale Universelle qui devait se tenir à Abidjan en 2004 est resté une belle vignette sans objet puisque ce rendez-vous africain tant attendu fut annulé en 2003. Les autorités ivoiriennes avaient renoncé à organiser cette première en Afrique subsaharienne compte tenu des violences qui secouèrent le pays cette année-là. (voir PHILnews n° 41)
Un autre rendez-vous manqué fut celui du 16ème Sommet ordinaire de la Ligue des États arabes que devait accueillir la capitale tunisienne les 29 et 30 mars 2004 et qui fut reporté sine die en raison des "profondes divergences" sur les projets de réformes politiques dans le monde arabe à soumettre au Sommet. Le timbre émis par la poste tunisienne le 29 mars 2004 accompagné d’une enveloppe Premier jour pour commémorer cet important événement fut rapidement retiré de la vente. (voir PHILnews n° 47).
A la faveur d’un consensus arabe laborieusement atteint, le Sommet fut tenu à Tunis les 22 et 23 mai 2004. L’administration postale tunisienne procéda à l’impression d’un nouveau timbre portant le même visuel et la nouvelle date.
L’étonnant dans cette histoire est qu’il existe entre les deux « malheureuses » figurines postales ivoirienne et tunisienne un dénominateur commun insoupçonnable.
En promenant une loupe au bas de ces deux timbres qu’apparemment rien ne rapproche hormis leur caducité, l’on se rend compte qu’ils ont été exécutés par le même dessinateur, en l’occurrence l’artiste tunisien Chokri CHERIF.
En 2001, il fut en effet, l’heureux lauréat du concours du timbre-annonce du 23ième Congrès d’Abidjan 2004, lancé sur le thème : « l’hospitalité africaine ». Sa maquette fut choisie entre 114 maquettes émanant de 12 pays africains. Artiste de talent Chokri CHERIF remporta la même année le concours du meilleur logo des 21èmes Jeux Méditerranéens qui, heureusement pour lui, ont bel et bien eu lieu.
Chaque fois que je découvre un timbre qui s’est fait planté par l’événement qu’il est censé commémorer, me revient cette anecdote édifiante que voici :
Lorsqu’on proposa, en 1965, au général de Gaulle d’émettre un timbre commémorant la mise en chantier du futur sous-marin à propulsion nucléaire « Le Redoutable », celui-ci demanda à son chef d’état-major, l’amiral Philippon, s’il y avait déjà eu un précédent. L’amiral téléphona à l’état-major de la Marine qui se tourna vers son service de relations publiques qui répercuta à son tour la question à un marin mais néanmoins philatéliste. Or notre ami savait qu’il y avait eu un précédent et de taille. De la taille précisément du cuirassé Clémenceau à la gloire duquel la poste française émit un timbre le 18 avril 1939 alors que ce navire ne devait jamais voir le jour.
Cette anecdote fut transmise, par les soins de l’amiral Philippon, au général de Gaulle qui eut alors le mot de la fin : « Eh bien Philippon, nous attendrons qu’il navigue ! ». « Le Redoutable » n’aura son timbre que le 25 octobre 1969, une fois sa construction achevée.
Cet article a été lu 1601 fois, et mis en ligne le 29 avril 2008.
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