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Tunisie : Evolution postale de 1863 au 1er juillet 1888, par Robert Abita (N° 429 et 430, avril et mai 1995)
Dans un article précédent (cf « Une lettre de Tunis de 1856 »), nous avons vu que le bureau de poste français créé à Tunis en 1848, fonctionnait sous le contrôle du bureau de poste de Bône (département de Constantine, Algérie). Le courrier de Tunis pour la France transitait par Bône où il recevait généralement la marque de ce bureau, soit le losange de points à petits chiffres 3716.
En 1862, la poste française décida de remplacer les losanges de points avec petits chiffres par des losanges à chiffres plus lisibles de 7mm de haut (au lieu de 4mm). On créa pour la France une nouvelle liste alphabétique de bureau de poste ayant très sensiblement augmenté depuis la création de la nomenclature à petits chiffres de 1852, avec une numérotation de 1 (Abbeville) à 4361 (Zivaco). On créa une numérotation spéciale (à partir de 5000), pour les bureaux d’Algérie et les bureaux français à l’étranger (Alexandrie, Smyrne, etc.)
Bône reçut le grand chiffre (G.C.) 5015.
Le courrier de Tunisie transitant par Bône y recevait la griffe G.C. 5015. mais cela ne dura pas, car le bureau de Tunis fut doté de sa propre griffe avec G.C. 5017, utilisée même lorsque ce courrier passait par Bône ; ainsi qu’on peut l’observer sur cette lettre de Tunis pour la France, du 28 janvier 1866, losange G.C. de Tunis, cachet perlé de Tunis marque PD (payé jusqu’à destination) et marque rouge de transit par Bône.
En 1867, un second bureau de poste français (bureau de distribution) fut créé dans le port de La Goulette, près de Tunis ; à ce bureau fut attribué la griffe G.C. 5121.
En mars 1876, la poste française supprime les griffes de losanges chiffrées. Les cachets à date à double cercle avec heure de levée, type 17bis, diamètre 23mm.
Un troisième bureau de poste fut ouvert en janvier 1881, ce fut celui de Sfax, bureau de distribution doté du cachet perlé de type 22. Ci-dessous, une paire de timbres-poste au type sage de 25 centimes bistre (n°92) avec cachet de Sfax du 11 septembre 1881, accompagné d’un décalque manuel :
Nous voici arrivés à un point où le rythme jusque là plutôt lent du développement de l’organisation postale en Tunisie va recevoir une impulsion nouvelle, provenant d’une accélération des évènements de l’histoire politique.
Au milieu du siècle, les beys successifs, conseillés par les grandes puissances, avaient souscrit auprès d’elles de lourds emprunts en vue de mener une politique de modernisation. Mais cette politique, mal conduite, aggravée par les gaspillages et les malversations, plongea l’Etat dans une crise financière grave au point que, en 1869, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, à la fois complices et rivales, installèrent à Tunis, une commission financière internationale pour gérer le remboursement de la dette tunisienne. Des émeutes répondirent à une hausse brutale des impôts.
Les investisseurs européens pouvaient rêver à un climat plus favorable à leurs projets, et l’idée d’une intervention militaire fit son chemin. Bien installés en Algérie, la France était la mieux placée pour prendre une initiative rapide, et Londres, ayant obtenu au congrès de Berlin de 1878, le droit d’occuper Chypre, laissait le champ libre à la France en Tunisie. Il restait à trouver une justification. Des incursions de tributs tunisiennes à la frontière algérienne survinrent à point. Jules Ferry, affrontant l’opposition parlementaire de gauche et en particulier celle de Clémenceau, déclencha l’expédition punitive contre la Tunisie le 12 avril 1881. Cette campagne aboutit le 12 mai au traité du Bardo, instituant le protectorat de la France sur la Tunisie, formule habile, qui, à la différence de l’annexion, laissait subsister l’Etat tunisien tout en le dépouillant de toute souveraineté. Un soulèvement populaire se produisit au cœur de la Tunisie et dans le sud, et les opérations de « pacification » se poursuivirent jusqu’en 1883.
Pendant cette campagne des cachets militaires furent utilisés, cachets à date portant dans la couronne le nom de la localité et la mention « TRESOR ET POSTES » ou « CORPS EXPED. DE TUNISIE » (1881) ou « 2EBAU (TUNISIE) ».
A partir de 1881, la voie maritime « Tunis par Bône » n’est plus la voie obligée entre Tunis et la France. Un paquebot assure une liaison entre Marseille et la Régence de Tunis. Sur les correspondances est apposée une marque postale maritime sous la forme d’un cachet à date à double cercle libellé « Marseille ligne de Tunis », ce libellé étant utilisé dans les deux sens.
Depuis que le bureau de Tunis est devenu, en 1875, bureau de recettes, il a été rattaché à l’organisation postale des Bouches-du-Rhône.
Les premières années du protectorat furent marquées du point de vue postal, par la création de nombreux bureaux de poste. le bureau de Bizerte, au nord du pays, fut ouvert le 21 décembre 1881 (illustration ci contre par une marque du 26 mai 1888). En 1882, 7 villes furent dotées d’un bureau de poste, dont Sousse, Le Kef, Djerba, Gabès. Ainsi le sud du pays est désormais accessible à la correspondance postale. En 1883, 2 villes, dont Kairouan au centre, ouvrent un bureau. L’année 1884 est l’année faste : 21 villes ouvrent un bureau de poste. En 1885, 3 villes et villages, en 1886, 2 villes. Ainsi une quarantaine de bureaux ont été mis en service dans une courte période. Mais cette activité postale continue à s’exercer dans le cadre vieillot des bureaux français à l’étranger.
La convention de La Marsa de 1884 a confirmé le traité de Bardo instituant le protectorat français. L’Etat tunisien subsiste, et il peut exercer sa « souveraineté » sous la stricte surveillance d’un résident général de France en Tunisie, qui dépend du ministère français des Affaires étrangères. C’est donc dans cette nouvelle situation juridique que le bey de Tunis, par une convention de mars 1888, peut décider la création d’un office tunisien des postes et télégraphes, ainsi que l’impression d’une première série de timbres-poste propres à la Tunisie.
Les bureaux français prennent fin. Et le 1er janvier 1888, l’Office tunisien des postes et télégraphes ouvre ses bureaux. Les timbres-poste tunisiens sont mis en vente le même jour. Ils ont été gravés par Mouchon et imprimés par les Ateliers du timbre, en France.
Cet article a été lu 1616 fois, et mis en ligne le 4 avril 2008.
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