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Tunisie : 25 ans avant le protectorat, une lettre de Tunis de 1856, par Robert Abita (N° 428, mars 1995)
Voici une lettre à destination de la France partie de Tunis le 28 juin 1856, 25 ans avant l’installation du protectorat français sur la Tunisie.
Du point de vue postal, ce pli comprend trois éléments :
un affranchissement composé de timbres-poste français de 20 centimes bleus non dentelés, de la première émission du Second Empire à l’effigie de Napoléon III (Yv n°14).
un cachet à date de départ apposé sur le pli à côté du timbre, cachet perlé de type 22, type utilisé par les bureaux de poste secondaires (bureaux de distribution)
une marque d’annulation apposée sur chaque timbre, composée d’un chiffre entouré d’un losange de points. La photocopie que nous en montrons ne permettant pas la lecture de cette marque, nous en donnons un décalque manuel à côté.
Le petit chiffre 3716 est la marque du bureau de Bône (département de Constantine). Cette marque chiffrée s’inscrit dans le cadre général de la nomenclature des bureaux de poste français, instituée en 1852 car, depuis la conquête de 1830, le territoire de l’Algérie est, le plus simplement du monde, considéré comme « territoire français ».
De son côté, la Tunisie, en 1856, soit 25 ans avant l’instauration du protectorat, peut-être considérée comme un état indépendant tant s’est affaibli le lien de vassalité qui la rattachait à la Sublime Porte et en faisait une province de l’Empire Ottoman.
Des ressortissants italiens, maltais, grecs, français installés à Tunis exercent un commerce actif avec les pays du nord de la Méditerranée. le fait le plus marquant est la pénétration en Tunisie des capitaux européens (italiens, anglais, français) qui sont investis dans les chemin de fer, les concessions minières ou l’achat de grands domaines ruraux.
Il reste que la faiblesse des moyens de communication terrestres ainsi que la médiocrité de l’organisation postale ne correspondent plus aux besoins. Aussi, les consulats étrangers installés à Tunis vont-ils attacher une importance particulière à ces questions.
En 1848, est créé à Tunis une première agence postale française. Cette agence est rattachée au bureau de poste de Bône (département de Constantine). Les premiers cachets à date frappés au départ par l’agence consulaire de Tunis, sont à double cercle avec dans la couronne la mention « TUNIS PAR BÔNE ». Par la suite, l’agence devint bureau de distribution, toujours rattaché à la recette de Bône ; ce bureau utilisa alors le cachet perlé de type 22 dont nous avons reproduit l’empreinte.
L’Algérie est dotée d’une organisation postale étendue. L’administration civile a pris en main les bureaux de poste militaires mis en place lors de la conquête de 1830. D’autre part, les liaisons maritimes de l’Algérie avec la France se sont fortement développées, et la marine vient d’accomplir une révolution technique capitale. Depuis les années trente, la marine à voile a fait place à la marine propulsée par la vapeur. Dans un premier temps, ce furent les navires à roues. Dans la décennie suivante, la vulnérabilité de la roue entraina la généralisation de l’hélice.
Des lignes régulières de paquebots relient Toulon et Marseille à Alger, Constantine et Bône. Une subvention permet, dès 1848, de greffer sur ce réseau principal une ligne maritime annexe qui relie La Goulette, port de Tunis, à Bône, deux fois par mois.
Si l’on ajoute qu’en ce milieu de 19ème siècle, il n’y a pas encore de paquebot assurant la liaison directe entre Tunis et Marseille (la première aura lieu en 1881), la voie « par l’Algérie » s’impose donc logiquement et notre fragment de lettre en est l’illustration.
Une fois de plus, on voit à quel point une lettre ancienne qu’on n’a pas totalement plongée dans l’eau pour en décoller les timbres-poste peut nous livrer une évocation de l’époque où elle a effectué son voyage postal. Elle force notre curiosité, nous oblige à nous renseigner sur le niveau de développement des pays, des rapports entre les nations, les routes et les moyens de communications, l’essor ou le déclin des empires.
Bien que nous ayons voulu limiter notre sujet à la poste française avant le protectorat, le tableau de la situation postale en Tunisie serait incomplet si l’on ne mentionnait pas l’ouverture par le Royaume de Sardaigne d’une poste consulaire à Tunis pour les nombreux immigrants italiens. les premiers timbres-poste utilisés sur ce courrier italien furent ceux de l’émission de 1851 du Royaume de Sardaigne à l’effigie de Victor Emmanuel II, puis avec l’unification de l’Italie, ce furent les timbres du Royaume d’Italie de 1862. le courrier italien suivait la voie Tunis – Cagliari (Sardaigne) – Livourne (Toscane).
Comment à l’unique bureau de poste français en Tunisie, suucédera une organisation postale couvrant tout le pays est le sujet de l’article « Evolution postale de la Tunisie de 1863 au 1er juillet 1888 ».
Cet article a été lu 1144 fois, et mis en ligne le 4 avril 2008.
Les réactions à cet article
| russo armand|d | 6 janvier 2009 comment obtenir documents sur chemins de fer tunisiens
sous protectorats ?
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