|
Cameroun : un siècle de transformations à travers les timbres (1ère partie 1880 - 1940) par Robert Abita (N°444 à 447, nov. 1996 à fév. 97 )
Le Cameroun a connu en un siècle de profondes transformations de son statut politique, qui, à chaque fois, se sont inscrites sur les timbres-poste de ce pays. C’est ce qui fait le grand intérêt d’une collection de timbres du Cameroun. Nous allons en feuilleter quelques unes des pièces les plus significatives.
Le Cameroun que « découvrent » les premiers explorateurs européens au 19ème siècle, est peuplé de Soudanais, Pails, Bantous, Santons, Bamilékés, Bamouns, Houssas, Doualas, etc.
Le pouvoir y est morcelé entre petits rois, chefs de tribus, qui s’opposent. Certains peuples sont organisés en structure de type féodal, l’activité économique est surtout pastorale.
Le protectorat allemand
Dès le milieu du siècle, des commerçants britanniques et allemands se sont installés sur le littoral, dans la baie de Wouri. La firme allemande Woermann, transports maritimes, associé à la firme Jantzen, était en concurrence avec une firme anglaise.
Mandaté par Bismark, l’explorateur G. Nichtigal devança une mission britannique en signant avec des rois locaux un traité qui faisait du Cameroun un protectorat allemand (1884). Le drapeau du Reich flotta sur la région à la grande fureur des Britanniques, qui soulevèrent des tribus, désordres vite réprimés par les fusiliers marins allemands.
Les Allemands purent alors passer l’exploitation de l’arrière-pays en remontant vers le nord jusqu’au lac Tchad, proposant aux sultans locaux leur protectorat, pratiquant au besoin la pacification par le feu.
Les Allemands mirent en chantier d’importants moyens de communications (routes, chemin de fer) destinés à faire du Cameroun le passage obligé du commerce extérieur de l’Afrique orientale et équatoriale.
L’organisation postale
L’administration des postes et télégraphes était installée dans le port de Douala. La poste centrale était reliée au réseau télégraphique international par câbles sous-marins. Sur l’ensemble du protectorat, il y avait une vingtaine d’établissement. Le transport du courrier entre le protectorat et la métropole était assuré chaque quinzaine par les bateaux de la ligne Woermann, de l’African Steamship Compagny et la British Steam navigation Compagny. Ces vapeurs assuraient la liaison avec les bateaux fluviaux gouvernementaux allemands « Herzogin Elisabeth » (Duchesse Elisabeth), ainsi qu’avec les lignes côtières. Des « messages du gouvernement impérial maintenaient la liaison régulière avec les agences du nord du pays.
Les premiers timbres-poste
De 1884 à 1896, on utilisa pour l’affranchissement du courrier camerounais des timbres de l’empire allemand sans aucune surcharge, seule l’oblitération apposée sur le courrier sans aucune surcharge en attestait la provenance. Les premiers timbres particuliers au Cameroun furent émis en 1896. C’étaient des timbres-poste de l’empire allemand de 1889 surchargés « Kamerun ».
En 1900, l’Allemagne a créé une série générale commune à toutes ses colonies et ayant pour motif un navire majestueux, le yacht impérial Hohenzollern, qui ne laissait aucun doute sur la volonté d’hégémonie maritime de la classe dirigeante allemande. Dans cette série, un cartouche était aménagé pour recevoir le nomparticulier de chacune des colonies : KAMERUN, TOGO, MARSHALL-INSELN…
Ces timbres-postes ont été utilisés jusqu’à 1914, disparaissant avec l’effondrement de l’empire allemand. Mais n’anticipons pas car la période entre 1900 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale est remplie d’évènements dramatiques qui intéressent au premier chef le Cameroun, y compris son étendue territoriale.
Marchandages et charcutages
Au Maroc, au début du 20ème siècle, les ambitions des affairistes français se heurtent violemment à celles des affairistes allemands. L’empereur Guillaume II débarque à Tanger (1905) pour soutenir le sultan contre la France. Il propose la conférence d’Algésiras, qui réaffirme le principe de l’indépendance du Maroc (1906).
Mais les troupes françaises débarquent au maroc pour réprimer l’agitation populaire (Oujda, Casablanca 1907). L’occupation française s’étend. Le coup de semonce de la canonnière « Panther » devant le port d’Agadir (1911) conduit à l’ouverture de négociations franco-allemandes. Le 21 août, l’agence allemande Reuter de Londres annonce le début de la guerre entre la France et l’Allemagne. Rumeur démentie ! Les négociations continuent. L’Allemagne veut bien laisser les mains libres à la France au Maroc, mais exige l’Afrique équatoriale française !
Le 4 novembre 1911, l’accord est enfin conclu. Le Cameroun allemand s’agrandira au sud et à l’est d’une vaste région (275.000 km²) détachés du Gabon, du Moyen-Congo, de l’Oubangui et du Tchad (la partie en hachures obliques de la carte ci-dessous). En contrepartie, la France prélevait au nord du Cameroun, dans la zone dite du Bec de canard, une petite bande de terre située entre la rivière Logone et le fleuve Chari (hachures horizontales).
Les dirigeants allemands s’estimèrent satisfaits, et la France établit tranquillement son protectorat sur le sultanat du Maroc (1912). Pourtant l’opinion publique allemande fut mécontente, persuadée que la France n’avait cédé à l’Allemagne que des zones marécageuses. Le Cameroun allemand s’était brusquement accru de nouvelles provinces, la poste des nouveaux occupants utilisa le matériel existant sur place. Il ne faut donc pas s’étonner de voir à la fois sur un timbre, la légende KAMERUN et une oblitération du Gabon.
Le compromis de 1911 n’apporta à l’Allemagne que des avantages peu durables. Et l’orage de 1914-18 mit fin à l’empire colonial germanique.
L’invasion Franco-britannique
La Première Guerre mondiale a commencé en août 1914. Une expédition navale franco-britannique s’empare en septembre de la première ville côtière du Cameroun : Douala. Le Cameroun est envahi de toutes parts : les Britanniques avancent à partir du Nigéria, les Belges à partir du Congo, les forces françaises à partir du Tchad au nord, du Gabon au sud. Toutes ces colonnes font leur jonction à Yaoundé, la capitale, le 8 janvier 1916.
Occupation britannique
En 1915, des timbres du Cameroun allemand qui ont été saisis par les forces militaires britanniques ont été surchargées des initiales C.E.F. (Cameroun Expeditionary Forces) accompagnées de diverses valeurs faciales. Cette série comprend 13 timbres (Yv 25 à 37 à Cameroun dans le tome 5 (Outre-mer) du catalogue Yvert).
Occupation française
En 1915, les autorités françaises utilisèrent les timbres du Gabon avec la surcharge ci-dessous (Yv 38 à 52, dans le tome 2 du catalogue Yvert). Il existe une variante rare avec erreur typographique dans la surcharge : Expéditionnaire.
Pendant cette période, on trouve naturellement des oblitérations militaires. On peut, peut-être, lire sur ce timbre de 2F l’inscription « CAMEROUN TRESOR ET POSTE AUX ARMEES 9 5 16 ».
On ne s’étonnera pas de trouver encore, en 1916, et plus tard, sur les correspondances civiles, des oblitérations qui ont conservé l’orthographe allemande « DUALA KAMERUN ».
En 1916, le Cameroun ayant été partagé en deux zones d’occupation, britannique et française, le texte de la surcharge est modifié. Les autorités françaises utilisent les timbres du Congo de 1900-07 marqués de la surcharge dissymétrique « Occupation Française du Cameroun », puis avec surcharge symétrique.
Double mandat
A l’issue de la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles entérina la perte de toutes les colonies allemandes. Les territoires que la France avait cédés à l’Allemagne en échange de la liberté d’action au Maroc avaient naturellement fait retour au Tchad, à l’Oubangui, au Congo et au Gabon. Et le partage provisoire du territoire du Cameroun qu’Anglais et Français avaient improvisé le 4 mars 1916 fut ratifié par le traité de Versailles.
En 1922, la Société des Nations plaça les deux zones du Cameroun sous les mandats respectifs des deux puissances occupantes.
La zone occidentale, sous mandat britannique, peu étendue (60 000 km²), s’étirant du nord au sud le long de la frontière avec le Nigéria britannique. Elle perdit jusqu’à son nom et n’aura plus d’existence philatélique pendant plusieurs décennies. Le Cameroun britannique réapparaîtra sous une forme politique officielle après les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale. Nous en reparlerons le moment venu.
La zone orientale, beaucoup plus étendue (418 000 km²), placée sous mandat français constitue le pays appelé Cameroun.
Le mandat français
En 1921, paraît encore une série surchargée, constituée de timbres du Moyen-Congo (aux types panthère, femme Bakalois et cocotier) avec simplement la surcharge « Cameroun ».
Enfin à partir de 1925, le Cameroun a ses propres timbres.
La suite :
2ème partie : Après 1940, le ralliement à la France Libre et l’indépendance
Pour an savoir plus :
Un article de M. H. Drye (Bulletin de la COLFRA n°98) sur les surcharges de la Première Guerre Mondiale au Cameroun
Cet article a été lu 2905 fois, et mis en ligne le 28 mars 2008.
Les réactions à cet article
Répondre à cet article
|